 Conférence
nationale sur le Programme d'accueil 2005
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[ Section 2 ]
Plénières
Séance plénière
Conférencière principale
Ratna Omidvar, directrice générale de la Maytree Foundation
et du Toronto Region Immigrant Employment Council, était la conférencière
principale à la Conférence nationale sur le Programme d’accueil
qui a eu lieu le 17 février 2005. Dans son discours, madame Omidvar
parle du « nouveau visage du Canada » et de ses répercussions
sur le tissu social canadien. De façon plus précise, madame
Omidvar se penche sur l’importance pour la population immigrante
de se constituer un capital social si l’on veut bâtir une
société unie. Elle fait le lien entre cette idée
et le succès du Programme d’accueil et présente le
programme « Mentorship Partnership », un projet de mentorat
du Toronto Region Immigrant Employment Council.
La Maytree Foundation est une fondation caritative privée qui
a été fondée en 1982. Le travail de cet organisme
est fondé sur son intérêt pour la réduction
de la pauvreté au Canada, intérêt qui se concrétise
de diverses façons. Nous appuyons l’évolution de la
politique sociale et apportons un appui financier à des dirigeants
qui non seulement ont un idéal, mais également la capacité
de réaliser leur passion pour le changement social. Au Canada,
nous sommes sans doute davantage connus pour notre travail auprès
des immigrants et des réfugiés.
Aujourd’hui, la Fondation a des raisons encore plus probantes pour
insister sur le rôle stratégique que jouent les immigrants
et les réfugiés dans l’avenir de notre nation, car
déjà la population canadienne d’aujourd’hui
est très différente de ce qu’elle était il
y a dix ans sur les plans physique, linguistique et démographique,
et très différente aussi de ce qu’elle sera dans dix
ans.
Voici quelques données pour illustrer ce point :
- La population canadienne occupe le deuxième rang mondial après
l’Australie pour sa proportion d’immigrants. Aux États-Unis,
les immigrants représentent un habitant sur dix, alors qu’au
Canada cette proportion est de 1 sur 5, soit 18,5 % de la population
totale. C’est le pourcentage le plus élevé au Canada
depuis 1931.
- Avec 30 % de sa population âgée de plus de 50 ans, le
Canada est un pays vieillissant. Non seulement vieillissons-nous, mais
nous ne nous reproduisons pas en nombre suffisant. En fait, en 2026,
sans la population immigrante, le Canada enregistrera plus de décès
que de naissances. Selon l’OCDE, le rapport de dépendance,
c’est-à-dire la proportion de la population active comparée
à la population inactive, chutera rapidement au Canada. La seule
solution est la croissance démographique, et la seule source
de croissance démographique est l’immigration.
- De plus, notre marché du travail repose énormément
sur les capacités physiques et intellectuelles de la population
immigrante. En effet, dès 2011, lorsque la moitié de tous
les baby-boomers seront âgés de 55 ans et plus, les nouveaux
Canadiens représenteront pratiquement la totalité des
nouveaux travailleurs du pays. Notre pays perdra bientôt une grande
partie de ses médecins, de ses infirmières, de ses professeurs
d’université et de ses travailleurs spécialisés
de la construction.
- Aujourd’hui déjà, 70 % de la croissance nette
du marché du travail est attribuable aux immigrants. En 2011,
ce chiffre aura atteint 100 %. Certains disent qu’en tant que
citoyens d’une nation de contribuables, il faut reconnaître
l’importance des immigrants.
- La population immigrante favorise les grandes villes : Montréal,
Toronto et Vancouver (MTV). En effet, 94 % des immigrants arrivés
au Canada durant les années 1990 se sont établis dans
les grands centres urbains. Comme 80 % des Canadiens, les immigrants
préfèrent habiter dans les grandes villes.
- En 2001, près de 4 millions de personnes au Canada, soit 13,4
% de la population, s’identifiaient comme des minorités
visibles. Ceci est dû en grande partie à l’immigration
ainsi qu’à un changement dans les pays sources. Au cours
des années 1990, 73 % des immigrants étaient des minorités
visibles en provenance de Chine, d’Inde, des Philippines, du Sri
Lanka, du Pakistan et de Taiwan.
- Les minorités visibles comptent pour 43 % de la population
torontoise. D’autres villes satellites comme Richmond, en C.-B.,
et Markham, en Ontario, sont même composées d’une
majorité visible, avec des pourcentages respectifs de 59 % et
de 56 %. Le nombre de soi-disant enclaves ethniques dans les grandes
villes canadiennes est passé de 6 en 1981 à 254 en 2001.
Aujourd’hui, il y a de bonnes et de mauvaises nouvelles en ce qui
a trait à l’immigration. La bonne nouvelle est qu’avec
le temps, les immigrants – et particulièrement leurs enfants
– contribuent sans trop d’effort à la création
d’une nouvelle société multiculturelle unique en son
genre, qui n’est pas confrontée aux limites traditionnelles
liées à la race et à l’origine ethnique.
Mais il n’y a pas que de bonnes nouvelles.
Au cours des années 1980, les immigrants réussissaient
à atteindre le salaire canadien moyen en 10 ans. Depuis les années
1990, cela prend plus de temps. Même si la population immigrante
est de plus en plus éduquée et spécialisée,
il lui faut de plus en plus de temps pour atteindre le même niveau
salarial que les Canadiens de naissance. Six immigrants spécialisés
sur 10 sont forcés d’accepter un emploi ou un choix de carrière
autre que celui qui correspond à leurs compétences. Quelque
25 % des immigrants possédant un diplôme universitaire occupent
des emplois qui exigent tout au plus un diplôme d’études
secondaires.
Chose étrange, l’appui à l’égard de
l’immigration demeure solide. Autrement dit, nous disons oui à
l’immigration, mais n’arrivons pas à dire oui aux immigrants.
Ce dilemme peut être attribuable à nos attitudes, qui n’ont
guère évolué avec le temps. Nous voyons l’immigrant
d’aujourd’hui comme nous voyions l’immigrant d’autrefois.
Nous continuons à imaginer l’expérience de l’immigrant
dans le contexte plutôt romantique de l’après-guerre,
figé dans le temps; nous pensons en termes de pauvreté,
de misère, de mouvements de masse. Nous continuons à dire
: travaillez dur et vos enfants réussiront. Nous continuons à
accepter implicitement que la première génération
d’immigrants doive payer pour le succès de la seconde. Car
après tout, c’est là le mythe de l’immigrant
: renoncer à ses propres rêves afin de permettre à
ses enfants de réaliser les leurs. Aussi fort que soit cet argument,
il ne tient pas compte de deux importantes réalités de notre
siècle, soit les changements dans les courants migratoires mondiaux
et la concurrence des autres pays pour accueillir les immigrants qualifiés.
On retrouve une autre manifestation de cette différence dans l’image
de nos dirigeants et de nos champions locaux, qui continuent de refléter
l’ancien Canada, l’ancienne métropole. Nos institutions
continuent de respirer l’air raréfié des attitudes
postcoloniales. Les gens qui dirigent les bastions du pouvoir ne représentent
pas les gens qui habitent dans leurs communautés. Les organisations,
qu’elles soient privées ou publiques, qui disent avoir une
forte représentation immigrante ou minoritaire au sein de leur
main-d’œuvre, ont très peu évolué à
ce chapitre lorsqu’il s’agit des postes de direction. En effet,
moins de 1 % des conseils d’administration d’entreprises comptent
des membres de minorités visibles.
Une société unie est une société où
l’on se voit représenté dans les postes de pouvoir.
La diversité est une force, mais elle peut rapidement devenir notre
talon d’Achille.
Une société divisée selon le revenu, les quartiers,
la participation de la main-d’œuvre, la race ou le privilège
n’est pas une société unie. Une société
qui, même par inadvertance, empêche certains de ses membres
d’accéder à certaines possibilités ne peut
espérer être prospère à long terme.
D’abord, nous avons besoin des immigrants; ensuite, nous devons
mieux les traiter afin d’améliorer notre propre qualité
de vie.
Je propose donc que nous trouvions un nouveau langage, un nouveau modèle
de gestion, de nouvelles stratégies ainsi que de nouveaux partenaires
afin de mener à bien cette expérience nationale visant à
faire évoluer notre nation.
Selon le nouveau modèle de gestion, des jumelages bien étudiés
seraient faits entre le secteur de l’établissement et les
entreprises qui ont besoin de nos talents, les employeurs à la
recherche d’une main-d’œuvre nouvelle et dynamique, les
partis politiques qui ont besoin de nos votes, les syndicats qui ont besoin
de notre adhésion pour survivre et grandir, les petites entreprises
qui ont besoin de nos investissements et les agents immobiliers qui ont
besoin de nos mises de fond. Ce modèle nous relierait au monde
de l’éducation postsecondaire parce que nous savons que l’apprentissage
et l’éducation sont la clé du succès.
La nouvelle stratégie reposerait sur la création d’un
capital social. Pour les nouveaux arrivants, le capital social –
le fait d’en avoir ou de ne pas en avoir – revêt une
importance cruciale. Nous savons que la présence ou l’absence
de contacts et de réseaux joue un rôle énorme dans
le succès ou l’échec que connaît une personne.
Par exemple, sans référence de travail au Canada, il est
difficile d’obtenir un emploi; sans endosseur, il est difficile
d’obtenir un prêt; sans recommandation, il peut être
difficile de louer son premier logement.
L’absence de capital social est exacerbée par l’évidence
et la présence d’un riche capital, que nous partageons peu
ou pas et ne pouvons que regarder avec envie de l’extérieur.
Le Programme d’accueil s’attaque directement à ce
problème : vous tissez des liens entre des personnes et des communautés.
Votre client n’est pas seulement l’immigrant ou le réfugié,
mais également le bénévole. Autant vous aidez l’immigrant,
autant vous favorisez l’acceptation, la connaissance et la compréhension
chez le bénévole. Et c’est là la magie de la
chose : parce que de tous les programmes, qu’ils soient nationaux,
provinciaux, locaux ou autres, le vôtre est celui qui reconnaît
que l’insertion est un processus qui engage non seulement le nouveau
ou le futur Canadien, mais également le Canadien déjà
en place. Sciemment ou non, vous êtes arrivés à la
manifestation la plus utile et la plus pratique de la constitution d’une
société unie. Parce que lorsque les gens apprennent à
se connaître sur une base personnelle, ils se rendent compte que
les êtres humains sont tous pareils.
Le Programme d’accueil mérite d’être élargi
de diverses façons pour répondre à différents
besoins. Nous avons appris beaucoup grâce à vous et avons
adapté votre concept pour créer un mouvement de mentorat
à Toronto.
À la Maytree Foundation, nous nous attaquons au problème
sur le plan local. En septembre 2003, nous avons contribué à
mettre sur pied le Toronto Region Immigrant Employment Council (TRIEC)
dans le but de trouver et de mettre en œuvre des solutions locales
visant à favoriser une intégration plus efficace des immigrants
au sein du marché du travail.
Pour atteindre ce but, le TRIEC vise trois objectifs :
- Augmenter la disponibilité de services à valeur ajoutée
qui favorisent l’intégration des immigrants qualifiés
sur le marché du travail, par exemple des programmes de stages
et de l’information claire, honnête et facile à trouver.
- Changer la façon dont les intervenants voient les immigrants
qualifiés et travaillent avec eux; travailler avec les employeurs
pour les aider à reconnaître la valeur que les immigrants
apportent au marché du travail et de quelle façon ils
peuvent mieux recruter, conserver et promouvoir cette main-d’œuvre
spécialisée.
- Changer la façon dont les gouvernements collaborent à
la planification et à la programmation dans ce dossier; essayer
de les faire sortir de leurs structures traditionnelles, vers un espace
qui favorise la collaboration.
Au sein de TRIEC, nous avons mis de l’avant un projet portant particulièrement
sur la constitution d’un capital social pour les immigrants qualifiés
au moyen d’un mentorat adapté à la profession.
Vos contacts directs sont vos proches, c’est-à-dire votre
famille, vos amis et vos collègues intimes. Vos contacts indirects
sont les personnes à l’extérieur de ce cercle, celles
dont vous connaissez le nom, par exemple dans un contexte professionnel,
mais que vous ne connaissez pas intimement. C’est 80 % des emplois
qui se trouvent au moyen des contacts indirects, c’est-à-dire
par l’entremise de quelqu’un qui connaît quelqu’un.
Mais un immigrant qui arrive à Toronto et qui ne connaît
personne possède au mieux des contacts au sein de sa propre communauté.
Pour cette personne, le réseautage représente un défi
énorme, et un mentor peut l’aider à surmonter cet
obstacle en le dirigeant vers des endroits où ses compétences
seront reconnues.
Nous avons donc créé, dans la région métropolitaine
de Toronto, le « Mentorship Partnership », un programme de
mentorat basé sur des partenariats entre des employeurs, des organismes
et des immigrants. L’objectif de ces partenariats consiste à
créer des réseaux dynamiques pour les immigrants qualifiés,
réseaux sans lesquels il serait difficile, voire impossible, d’avoir
accès à 80 % des emplois non annoncés. Nous avons
tiré des leçons du modèle du Programme d’accueil
et d’autres modèles de mentorat au sein de la communauté.
Nous savons que les programmes doivent être structurés avec
soin, de façon à établir une concordance très
étroite avec la profession; meilleure est cette concordance, meilleurs
sont les résultats.
Notre objectif consiste à réaliser 1000 jumelages avec
des mentors d’ici un an dans la région métropolitaine
de Toronto. C’est pourquoi nous nous sommes concentrés sur
une stratégie de marketing percutante, car l’une des clés
du succès consistera à avoir un bassin de mentors bien préparés
et bien formés. À cette fin, nous avons recruté des
« champions » très en vue pour agir comme porte-parole
de notre projet auprès du public.
Le programme est appuyé par un réseau d’environ neuf
organismes de la région métropolitaine de Toronto, dont
toutes ont du personnel qui travaille selon des normes précises
au recrutement, au jumelage et au soutien. Les fonctions centralisées
comprennent le marketing et la promotion, de même que le développement
de partenariats avec de grandes entreprises, le tout afin d’assurer
un flot soutenu et enthousiaste de mentors.
Nous comptons poursuivre l’expansion de ces réussites jusqu’à
ce que nous ayons créé un mouvement de mentorat qui semble
tout aussi naturel à nos résidents et à nos citoyens
que le fait d’acheter des biscuits des Guides.
Le modèle du Programme d’accueil peut être adapté
et élargi de diverses façons : il peut être offert
en ligne à l’immigrant avant son arrivée ou utilisé
dans les écoles pour créer un système de mentorat
par les pairs. Il peut également être utilisé de façon
très efficace dans le monde du sport scolaire organisé,
ou encore avec les aînés, les nouvelles mères ou les
groupes. Il peut en outre être appliqué dans le contexte
professionnel.
Continuer à faire les choses comme avant n’est plus possible
pour le Canada. Nous devons renforcer les liens et les ponts entre individus,
entre voisins et entre communautés. Le Programme d’accueil
doit prendre de l’ampleur, car c’est le seul programme d’établissement
qui fait participer la nation à sa propre évolution.
Séance plénière –
Panel : Nouveaux arrivants et bénévoles
Animatrice :
Bonny Wong-Fortin
Gestionnaire, Programmes d’établissement, Citoyenneté
et Immigration Canada
Panélistes :
Louise Crandall Bénévole du Programme d’accueil
Sabry Belhovchet Nouvel arrivant
Tracy Azlyn Bénévole du Programme d’accueil
Sukru Akyuz Bénévole du Programme d’accueil
Gergana Alzeer Nouvelle arrivante
Wael Daher Bénévole du Programme d’accueil
Bonny Wong-Fortin présente les panélistes et leur souhaite
la bienvenue à la première Conférence nationale sur
le Programme d’accueil.
Chaque panéliste partage son expérience à titre
de participant au Programme d’accueil et explique comment ce programme
lui a donné un outil d’intégration important tout
en enrichissant le tissu multiculturel du Canada. Le concept du Programme
d’accueil est vu comme étant unique et rassemble des gens
de divers milieux culturels, religieux et linguistiques afin de faire
ressortir les éléments qu’ils ont en commun.
Le panel a rappelé de façon fort éloquente la raison
d’être du Programme d’accueil.
Recommandations des panélistes :
- Mousser la promotion du Programme d’accueil en faisant appel
à différents médias. Les gens doivent connaître
l’existence du programme.
- Augmenter le nombre de bénévoles, peut-être en
adoptant un modèle selon lequel chaque bénévole
en recrute un autre.
- Renseignements avant l’arrivée : fournir de l’information
sur le Programme d’accueil et les autres services d’établissement
avant l’immigration au Canada.
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