L’accord en matière d’établissement
Partie 7 :
Modèles suggérés
L’Accord et les Codes de bonnes pratiques ne sont pas des documents
légaux. Aucun recours en droit n’existe si l’une des
parties signataires de ces documents les enfreint. Elles ont plutôt
un pouvoir de persuasion.
Le groupe de travail de l’Accord en matière d’établissement
veut savoir si des mécanismes peuvent être mis en place pour
aider à la réussite de l’application de l’Accord
et des Codes dans le secteur des services aux immigrants. La discussion
précédente a permis d’indiquer que des mécanismes
ou des cadres sont nécessaires pour appuyer le dialogue et la rétroaction
ainsi que pour régler les différends.
La présente discussion utilise les définitions suivantes
:
- Le dialogue signifie « s’engager dans un échange
d’opinions informel »;
- La rétroaction signifie « le retour d’information
au sujet des résultats d’un processus ou d’une activité;
une réponse évaluative »;
- Un différend signifie « une controverse verbale, un débat.»
Pratiques courantes
On a demandé aux informateurs clés quels mécanismes
de dialogue, de rétroaction et de résolution de différends
ils utilisent à l’heure actuelle.
Tous les informateurs ont fait valoir l’importance primordiale
des relations entre le représentant de l’organisme, habituellement
le directeur général, et l’agent de projets de CIC.
Entretenir ces relations a permis une bonne communication grâce
à laquelle la rétroaction pouvait être acheminée
et les différends, réglés. Cela fonctionne dans une
vaste majorité des cas.
Toutefois, il y a des différends occasionnels qui ne peuvent être
réglés à l’échelle locale. Il est alors
nécessaire de s’adresser à la personne du niveau hiérarchique
suivant, habituellement le gestionnaire du bureau local. Si le problème
n’est pas réglé à l’échelle locale,
il faudra peut-être communiquer avec le bureau régional,
et ainsi de suite, jusqu’à l’Administration centrale.
Si la question n’est pas résolue à cette échelle,
la dernière option est de communiquer avec le député
local.
Ce processus de règlement des différends est utile jusqu'à
un certain point. Il est approprié que la question soit d’abord
traitée par l’entremise de l’agent de projets de CIC
au bureau local. Par contre, si elle n’est pas réglée
à cette échelle, la situation devient plus difficile. D’abord,
il y a un écart de pouvoir causé par le fait que l’organisme
dépend de CIC pour une grande partie de son financement. L’organisme
a peur des représailles s’il « passe par-dessus le
gestionnaire local.»
De plus, il est parfois difficile de trouver le nom de la personne du
niveau suivant. Un tel renseignement devient particulièrement difficile
à trouver si le bureau local refuse de donner un nom, comme s’est
arrivé à un informateur clé du secteur de l’établissement
qui a été incapable d’obtenir ce renseignement de
la part d’un ministère du gouvernement.
Le processus qui consiste à « grimper les échelons
» est rempli de difficultés, puisque des sentiments superflus
de pouvoir, de loyauté et de peur assombrissent les questions.
Les méthodes utilisées pour le dialogue à l’heure
actuelle sont décrites ci-dessus. Les comités et les tables
rondes constituaient, en règle générale, d’excellents
mécanismes pour prévenir les problèmes. Un informateur
clé a dit du comité auquel il participait qu’il ne
savait pas ce qu’il ferait sans ce comité. Cependant, étant
donné que, dans tous les cas, les représentants du gouvernement
sont responsables des ordres du jour des réunions et que divers
intervenants sont toujours présents, ces réunions ne sont
pas toujours des occasions appropriées pour examiner les différends
et régler les conflits.
Quelques suggestions pour les modèles
Le dialogue
Le dialogue continu est crucial pour toute relation. Il favorise la compréhension
et permet d’offrir une rétroaction rapide pour réduire
le risque de malentendus et de conflits.
Une approche à échelons multiples
Le secteur de l’établissement et le gouvernement fédéral
doivent s’engager dans un dialogueà trois échelons
: local, régional et national. Cependant, avant que cela puisse
se produire, de nouveaux mécanismes doivent être élaborés
ou les mécanismes existants doivent être élargis ou
renforcés.
Les participants au dialogue
Puisque l’Accord et les Codes sont conçus pour le secteur
bénévole et communautaire, on pourrait argumenter que le
dialogue devrait être limité aux organismes sans but lucratif
et aux représentants du gouvernement. Cependant, cet argument est
contraire à la façon d’opérer du secteur de
l’établissement. Afin de mieux répondre aux besoins
des immigrants en matière d’établissement, les organismes
sans but lucratif travaillent de près avec d’autres membres
de la collectivité qui offrent ou non des services d’établissement.
Le genre de dialogue le plus productif comprendrait donc d’autres
fournisseurs de service. La figure 2 est une représentation schématique
de ce modèle de dialogue.
Figure 2 : un modèle pour le dialogue
Groupe de dialogue national
Organisme national composé de représentants de ministères
du gouvernement fédéral à l’échelon
national, d’organismes nationaux d’établissement et
d’autres organismes nationaux représentant les intervenants
clés

Groupe de dialogue régional
Organisme régional, y compris des représentants de ministères
fédéraux à l’échelon régional,
d’associations régionales d’établissement et
d’autres intervenants

Groupe de dialogue local
Organisme communautaire, y compris des participants clés de la
collectivité, notamment des fonctionnaires du gouvernement local
et des organismes d’établissement

Organisme d’établissement

Collectivité
Modèles possibles de résolution
de différends
1. La négociation[15]
Lorsque surviennent des différends, il est toujours mieux d’essayer
de négocier une résolution.
Qu’est-ce que c’est que la
négociation?
Dans sa forme la plus fondamentale, la négociation signifie marchander
pour essayer d’arriver directement à un arrangement avec
l’autre partie. Il s’agit de la méthode la plus commune
pour régler des différends. Les parties discutent du différend
et échangent des idées pour le régler jusqu’à
ce qu’ils s’entendent sur une solution. Ce processus continue
jusqu’à ce que les parties arrivent à une entente
ou jusqu’à ce que l’une des parties décide d’arrêter
le processus.
La négociation a-t-elle fait l’objet
d’un essai?
Ce processus est utilisé par les directeurs généraux
des organismes d’établissement et les bureaux de projets
de CIC.
Le Conseil canadien pour les réfugiés mène des négociations,
et il obtient un certain succès dans ses entretiens avec le gouvernement
au sujet de questions se rapportant aux réfugiés. Cependant,
aucun organisme national qui représente les besoins en matière
d’établissement des immigrants au Canada n’a tenté
de négocier avec le secteur de l’établissement parce
qu’aucun organisme national n’a mis l’accent sur ces
négociations.
Par contre, le problème lié à l’application
de ce modèle de résolution de conflits dans le cadre de
l’Accord et des Codes réside dans la relation contractuelle
entre l’organisme d’établissement et le gouvernement
fédéral.
Conclusion
Lorsque des différends surviennent, il est toujours mieux de négocier
une solution. Afin de négocierà l’échelle régionale
ou nationale, il est nécessaire de renforcer les structures existantes
ou d’élaborer de nouvelles structures. Cependant, il y aura
toujours une limite par rapport au point jusqu’auquel le processus
de négociation sera utile, à cause de la relation contractuelle
entre l’organisme d’établissement et le gouvernement
fédéral.
2. La médiation
Qu’est-ce que c’est que la
médiation?
La médiation est un autre modèle possible de résolution
de différends. La différence fondamentale entre la négociation
et la médiation est que, dans le cadre de la médiation,
une tierce partie objective aide les parties à arriver à
une entente. La relation entre le médiateur et les parties intéressées
est déterminante pour la médiation. Cette relation comporte
quatre dimensions déterminantes :
- l’indépendance des parties et les enjeux immédiats
liés au différend;
- l’acceptation mutuelle des parties;
- l’accent mis sur le processus, et non sur le cœur des négociations;
- l’accent mis sur l’aide donnée aux parties pour
arriver à une entente mutuellement acceptable. La teneur de l’entente
constitue cependant la responsabilité des parties.
La médiation a-t-elle fait l’objet
d’un essai?
La médiation a été mise à l’essai en
Angleterre et l’examen du 1998 Compact on Relations between
the government and community sector de ce pays est révélateur
dans ce contexte.
Le Compact de l’Angleterre est fondé sur la croyance
que le secteur bénévole et communautaire joue un rôle
vital dans la société à titre de troisième
secteur du pays, aux côtés de l’État et du secteur
privé. Le Compact est très semblable à l’Accord
sur le secteur bénévole et communautaire au Canada. Il existe
également un Compact spécial entre le gouvernement
et les organismes bénévoles et communautaires regroupant
des Noirs et des membres des groupes ethniques.
Il est intéressant de noter que le Compact britannique
aborde la résolution de différends. Il affirme que, aussi
souvent que possible, les différends en matière d’application
du cadre doivent être réglés entre les parties. Afin
de faciliter ce processus, la médiation peut être utilisée,
si les deux parties sont d’accord, et le Compact Mediation Service
a été créé. Si la plainte consiste en une
mauvaise administration, la pratique habituelle en Angleterre est que
la plainte soit amenée devant le Commissaire parlementaire pour
l’administration.
Lors d’un examen du Compact Mediation Service, une incohérence
a été décelée quant à la mise en œuvre
du Compact. Par conséquent, le Compact Advocacy Programme a été
lancé en mars 2003 sous l’égide du National Council
for Voluntary Organisations (NCVO).
Le Compact Advocacy Programme demande l’appui des organismes
bénévoles en ce qui concerne les violations du Compact
national par les ministères du gouvernement et les organismes.
Les violations du Compact national sont notamment les suivantes
:
- un organisme gouvernemental qui retarde, de façon non raisonnable,
une décision de financement;
- un ministère qui menace de retirer des subventions parce qu’un
organisme s’oppose aux politiques du gouvernement;
- l’omission du gouvernement de consulter un organisme sur les
modifications à la politique qui auront une incidence directe
sur l’organisme.
Le Compact Advocacy Programme négociera avec le gouvernement
au nom d’organismes bénévoles et, avec l’appui
du NCVO et de ses partenaires dans le secteur bénévole et
communautaire, il amènera leurs plaintes jusqu’au plus haut
niveau.
Le Compact Advocacy Programme conseille aux organismes qui cherchent
de l’aide de faire appel au programme le plus tôt possible
dès que le différend survient. Le NCVO traitera tous les
cas de façon confidentielle et ne rendra rien public sans l’autorisation
préalable de l’organisme bénévole touché.
Dans certains cas, le Compact Advocacy Programme peut porter
des dossiers devant le Compact Mediation Service au nom d’un organisme
bénévole.
Même s’il prend charge des dossiers, le Compact Advocacy
Programme élabore, à l’heure actuelle, une «
Trousse à outils Compact » qui permettra aux organismes
bénévoles d’utiliser le Compact eux-mêmes
lors de différends avec le gouvernement.
Conclusion
L’expérience de l’Angleterre indique que, si un modèle
de médiation est adopté pour régler des différends,
il est nécessaire d’offrir un mécanisme qui appuiera
l’organisme d’établissement concerné afin d’organiser
son dossier de façon efficace avant qu’il n’entre dans
le processus de médiation.
3. Un ombudsman
De nombreux informateurs clés ont mentionné qu’un
ombudsman serait peut-être une bonne idée.
Qu’est-ce que c’est qu’un
ombudsman?
Le rôle de l’ombudsman est d’enquêter sur les
plaintes liées aux organisations gouvernementales. De façon
générale, un ombudsman est :
- indépendant du gouvernement;
- responsable de s’assurer que les pratiques administratives et
les services d’organismes publics sont justes, raisonnables, appropriés
et équitables;
- un agent de la législature provinciale;
- en mesure de mener des enquêtes confidentielles qui ne cherchent
pas à intimider et qui protègent les plaignants contre
les représailles;
- tenu de présenter un rapport annuel à l’Assemblée
législative.
Un ombudsman n’est pas :
- un avocat;
- un défenseur des mesures du gouvernement;
- un fonctionnaire;
- un politicien élu.
Un ombudsman du secteur bénévole et communautaire doit
:
- enquêter sur les plaintes;
- discuter avec toutes les parties intéressées et examiner
tout document ou toute preuve relatifsà un conflit;
- s’assurer que les pratiques administratives et les services
des organismes publics étaient conformes à l’esprit
et au mandat de l’Accord et des Codes de bonnes pratiques;
- recommander des modifications à la politique, aux pratiques,
au processus, aux lignes directrices, aux règlements ou aux décisions
afin qu’ils soient dans la même lignée que l’esprit
et le mandat de l’Accord et des Codes;
- négocier une entente ou recommander une résolution.
L’ombudsman a-t-il fait l’objet
d’un essai?
Il semble qu’aucun pays ayant des ententes entre le secteur bénévole
et communautaire et le gouvernement n’ait eu d’ombudsman du
secteur bénévole et communautaire.
Conclusion
L’idée de créer un poste d’ombudsman du secteur
bénévole et communautaire est intéressante. Une telle
personne serait chargée de s’assurer que les pratiques administratives
et les services d’organismes publics sont conformes à l’esprit
et à la pratique de l’Accord et des Codes de bonnes pratiques.
S’assurer de la justesse de son processus de médiation n’exigerait
pas d’organisme de défense supplémentaire, comme en
Angleterre.
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[15] Modifié à partir
de Regan Schlecker, Dispute Resolution Models and Land Use, Comité
consultatif pour les traités de la vallée du bas Fraser,
février 2002. Retour
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