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L'initiative sur le secteur bénévole : Projet d'établissement

Initiatives nationales



L’accord en matière d’établissement

Partie 5 :
L’état et le secteur bénévole et communautaire

Afin d’examiner l’Accord et les Codes, il est important de connaître le secteur bénévole et communautaire.

Au début du XXIe siècle, on reconnaît de plus en plus que la société canadienne compte trois piliers : le secteur public, le secteur privé et le secteur bénévole et communautaire. Le secteur bénévole et communautaire est souvent appelé le « troisième secteur ». L’Accord et les codes officialisent des relations durables entre le gouvernement et ce troisième secteur.

Au cours des 15 dernières années, les changements politiques et sociaux survenus en Europe et en Amérique du Nord ont modifié et élargi le rôle ainsi que la taille du secteur bénévole et communautaire. La diminution du rôle du gouvernement et l’augmentation des écarts sociaux et économiques ont contribué aux prévisions selon lesquelles le secteur bénévole et communautaire remplira éventuellement un grand nombre de lacunes en matière de services.

Selon les statistiques de l’Initiative sur le secteur bénévole et communautaire, ce secteur se compose de 175 000 œuvres de bienfaisance et organismes à but non lucratif, engage 7,5 millions de bénévoles, emploie 1,3 million de personnes et a un revenu annuel de 90 milliards de dollars ainsi qu’un actif de 109 milliards de dollars. Jusqu’à récemment, le secteur bénévole et communautaire a pris de l’expansion plus rapidement que le secteur gouvernemental et le secteur des affaires.

Selon John Shields,[10] le secteur bénévole et communautaire se compose d’organismes qui existent officiellement au profit du public, qui se régissent de façon autonome, qui ne distribuent aucun profit à leurs membres et qui, dans une large mesure, dépendent de bénévoles. Personne n’est tenu d’appartenir à ces organismes ni d’y participer; ils sont indépendants et distincts, sur le plan institutionnel, des structures officielles du gouvernement et du secteur privé. Bien que plusieurs organismes du secteur bénévole et communautaire comptent sur des employés salariés pour accomplir leur travail, tous dépendent de bénévoles, tout au moins pour ce qui est de leurs conseils d’administration.

Les mandats des organismes du secteur bénévole et communautaire sont les suivants :

  • « faire le bien » en offrant des services à la collectivité;
  • défendre le dialogue en matière de politique publique et ainsi y contribuer;
  • servir de médiateur et maintenir la cohésion sociale;
  • aider à bâtir la citoyenneté grâce à la participation et l’adhésion à une collectivité.

Le rôle de médiateur est particulièrement important puisque les organismes bénévoles établissent le capital social en favorisant le genre de relations qui permet aux gens de collaborer efficacement à l’atteinte de leurs objectifs communs. Le capital social est lié de près à la cohésion sociale. La cohésion sociale est liée à « la façon dont les institutions gèrent la diversité et règlent les conflits par le financement d’une solution qui convient aux deux parties. »[11] Une collectivité cohérente en est une dans laquelle les institutions tant publiques, privées que bénévoles et communautaires sont en mesure de gérer les conflits, où les appuis institutionnels existent pour favoriser l’inclusion, et où l’on s’assure que les inégalités au sein de la collectivité ne deviennent pas trop importantes.

Selon Shields, les concepts clés qui distinguent le troisième secteur du secteur privé sont les suivants : la philanthropie, l’altruisme, la charité, la réciprocité, la mutualité de même qu’un sens éthique de la générosité et de la compassion. Cependant, étant donné que le secteur est composé d’une diversité considérable d’organismes dont les cibles et les perspectives sont variées, il est déplacé d’essayer de caractériser ces organismes de façon homogène.

Les valeurs préconisées par le gouvernement découlent des concepts d’« état » et de « citoyenneté ». Cependant, ces concepts seront bientôt remplacés par d’autres valeurs : marchés, individus, consommateurs et clients. Ces concepts sont représentés par un cadre stratégique et une culture politique fondés sur les notions d’autonomie et de concurrence.

D’après Shields, alors que la prestation de services sociaux est graduellement transférée vers le troisième secteur, les organismes sans but lucratif deviennent plus que jamais maîtrisés par le recours fréquent du gouvernement à des contrats de services. De plus, à cause de l’utilisation croissante du « paiement à l’acte », de la « rationalisation » et de la « professionnalisation » des services, la participation de la collectivité à la gestion de prestation de services à but non lucratif est remplacée par une gestion professionnelle tenue de rendre compte à l’État.

Shields affirme que des relations diamétralement opposées sont créées entre ceux qui offrent les services (organismes sans but lucratif), ceux qui les consomment et l’État. Le citoyen est redéfini comme l’acheteur de services offerts par un univers de fournisseurs concurrents. Le rôle du gouvernement devient celui de gestionnaire de services et de directeur des politiques. Le gouvernement n’est plus automatiquement et facilement perçu comme la source de tous les problèmes. En ce sens, le troisième secteur agit comme une zone-tampon pour l’État.

D’autres rôles importants du troisième secteur, tels que la recherche et la défense des droits, sont marginalisés. La recherche et la défense des droits sont importants à l’égard de la question générale de l'élaboration de politiques; la capacité du secteur bénévole et communautaire d’offrir d’autres perspectives est donc amoindrie. En conséquence, les personnes les plus marginalisées et sousreprésentées dans la société exercent encore moins d’influence sur l’élaboration des politiques qu’avant. Shields croit qu’en raison des relations réorganisées, la société canadienne devient moins apteà travailler ensemble pour résoudre des problèmes. La cohésion sociale s’amoindrit aussi.

L’introduction de l’Accord et des Codes de bonnes pratiques peut être perçue comme une tentative de pallier certaines lacunes débattues par Shields. Bien que le travail de Shields soit l’opinion d’un théoricien, son point de vue met en lumière les dilemmes qui feront probablement surface lorsqu’il nous est donné de penser à la façon dont l’Accord et les Codes seront mis en œuvre.

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[10] SHIELDS, John. Capturing Civil Society: The Third Sector in the Shadow of the State. The SRC Sarwan Sahota Lecture, Université Ryerson, février 2002. Retour

[11] Murray 1999 : page 26, cité dans Shields. Retour