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L'initiative sur le secteur bénévole : Projet d'établissement

Initiatives nationales



L’accord en matière d’établissement

Partie 4 :
Historique du secteur de l’établissement

Dès le début, la politique canadienne en matière d’immigration a été dictée par une politiqueé conomique et par les besoins en ressources humaines. Souvent décrit comme un pays d’immigrants, le Canada est, depuis plusieurs centaines d’années, façonné par des vagues d’immigration de partout dans le monde. En fait, aujourd’hui, le Canada a un des ratios d’immigrants par rapport à la population résidente totale les plus élevés de l’ensemble des pays du monde entier et il est considéré comme ayant l’une des politiques d’immigration les plus ouvertes et les plus accueillantes du monde. La majorité des citoyens du Canada sont eux-mêmes immigrants ou descendants d’immigrants, puisque seulement 5 pour cent de la population est issue des Premières nations.

Les services d’établissement, officiels et non officiels, existent depuis longtemps au Canada. Avant la Première Guerre mondiale, très peu d’organismes se spécialisaient dans les services aux immigrants. Les immigrants étaient aidés de façon non officielle par des membres de leurs familles, des amis, des associations ethniques, des organismes de bienfaisance, des institutions religieuses et des groupes de pairs; la majorité de ces groupes étaient constitués de bénévoles. Quelques organismes ont vu le jour après la Première Guerre mondiale, comme la Société d’assistance aux immigrants juifs fondée en 1922.

D’importants développements en ce qui a trait à la conception et à la prestation de services d’établissement sont survenus après la Seconde Guerre mondiale, pour venir en aide aux nombreux survivants de l’Holocauste. La Société d’assistance aux immigrants juifs a été le premier organisme à embaucher des travailleurs sociaux professionnels et à mettre au point des services sociaux spécialisés pour les nouveaux arrivants. Fondé en 1947 à Montréal, le Centre social d’aide aux immigrants (CSAI) offrait de l’aide matérielle et de l’hébergement temporaire d’urgence, trouvait un logement et des emplois et offrait de l’assistance médicale et légale ainsi que des prêts afin d’aider les immigrants à faire venir leur famille au Canada. À la même époque, le Manitoba Interfaith Immigration Council a également été créé par les membres de diverses religions qui cherchaientà aider leurs propres groupes à s’intégrer au Canada. La Italian Immigrant Aid Society, dont les services initiaux étaient dispensés par des femmes bénévoles, a été créée en 1952. En réponse à la sous-utilisation de gens de métier qualifiés, le Centro Organizzativo Scuole Tecniche Italiane (COSTI) a été fondé en 1961; au début, il offrait de la formation et du recyclage professionnel aux membres de la communauté italienne, mais, plus tard, il a élargi ses services aux membres d’autres communautés. Petit à petit, un secteur de l’établissement spécialisé a vu le jour.

La Loi sur l’immigration de 1953 classait les pays par ordre de préférence. En raison des pressions exercées par les défenseurs des droits de la personne du pays et de la diplomatie internationale, cette loi discriminatoire a été remplacée en 1976 par une loi où les critères de race pour l’immigration ont été officiellement éliminés et de vastes catégories d’immigration ont été établies, dont voici quelques exemples : immigrants indépendants (travailleurs qualifiés ou gens d’affaires), catégorie du regroupement familial, réfugiés et « autres » (soignants, retraités, etc.).

Depuis la Seconde Guerre mondiale, environ 7,8 millions d’immigrants sont arrivés au Canada.[4] Au cours des années, les principales régions de provenance des personnes immigrant au Canada, qui étaient l’Europe et les États-Unis d’Amérique, ont été remplacées par l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Amérique latine, les Caraïbes et, plus récemment, l’Asie. En 1999, environ 30 pour cent des immigrants provenaient de Chine, des Philippines, de Corée, de Taïwan et de Hong Kong, alors qu’environ 15 pour cent des immigrants provenaient de l’Inde, du Pakistan et du Sri Lanka.[5] Ce changement reflète non seulement des modifications de la politique d’immigration et de la réglementation, mais également l’évolution des préférences en termes d’immigrants éventuels.

L’initiative du service d’établissement fédéral, qui a débuté en 1948 avec l’embauche d’agents d’établissement fédéraux afin d’aider les soldats et les réfugiés de guerre canadiens à s’établir, a été dissoute en 1966 lors de la création du ministère de la Main-d’œuvre et de l’Immigration. Par ce changement, le gouvernement a mis fin à la prestation de services d’établissement directs et s’est axé sur le financement d’organismes destinés aux immigrants afin d’offrir les services d’établissement de base.

En 1974, le ministère de la Main-d’œuvre et de l’Immigration a élargi son mandat afin d’accueillir les immigrants et d’aider les nouveaux arrivants en ce qui a trait à l’emploi, à l’hébergement et à l’établissement. De plus, il est devenu responsable de la coordination globale des organismes bénévoles qui offraient de l’aide aux immigrants en matière d’adaptation et d’établissement. Une telle orientation a mené à la mise sur pied du Programme d’établissement et d’adaptation des immigrants (PEAI), lequel offrait du financement à des services d’établissement initiaux tels que des renseignements, de l’orientation et de l’aiguillage vers les organismes de service grand public. En 1993, le Ministère a été renommé, de manière appropriée, Citoyenneté et Immigration Canada (CIC).

Le Canada a été le premier pays à adopter une politique officielle sur le multiculturalisme en 1971 et il a incorporé cette politique à la Loi sur le multiculturalisme de 1988. Les plus importants objectifs de la Loi sur le multiculturalisme étaient la reconnaissance et l’engagement du gouvernement vis-àvis de la promotion de la participation pleine et équitable d’individus et de communautés de toutes les origines à la société canadienne ainsi que l’élimination des obstacles à une telle participation.

La Stratégie fédérale d’intégration des immigrants, présentée entre 1991 et 1995, est un élément clé du plan fédéral en matière d’immigration. Cette stratégie vise à offrir un grand éventail de services d’établissement coordonnés, normalement liés à la première année d’arrivée, sans toutefois s’y limiter. Cette stratégie a donné un nouveau souffle aux efforts déployés, d’une part, pour aider les nouveaux arrivants à découvrir les valeurs canadiennes et, d’autre part, pour aider les Canadiensà comprendre et à connaître les différents horizons, bagages et cultures des nouveaux arrivants. C’est grâce à cette même stratégie que le Programme d’accueil (qui a été élargi ultérieurement pour mettre en relation tous les immigrants qui venaient d’arriver avec des familles d’accueil canadiennes, et pas seulement les réfugiés) est devenu permanent et que le programme de Cours de langue pour les immigrants au Canada (CLIC) a été mis sur pied.

Bien que la Direction générale de l’intégration de CIC ait la responsabilité globale de fournir du financement aux services d’établissement offerts à tous les immigrants en vertu du PEAI, c’est la Direction générale des réfugiés de CIC qui s’occupe du Programme d’aide au réétablissement (PAR) pour tous les réfugiés au sens de la Convention en fournissant de l’hébergement provisoire, des vêtements, des effets mobiliers et en couvrant les frais de subsistance pour une période allant jusqu’à un an.

Le gouvernement du Québec a assumé la responsabilité d’offrir des services d’établissement dès 1991, étant financé par CIC en vertu de l’Accord Canada-Québec. En 1995, le gouvernement fédéral a amorcé le processus de renouvellement de l’Établissement afin d’essayer de déléguer l’administration des services d’établissement aux autres provinces. En 1998, des ententes ont été signées avec les provinces de la Colombie-Britannique et du Manitoba afin que des fonds leur soient transférés pour l’administration des services d’établissement.

Parallèlement au rôle qu’il joue à long terme dans les services d’établissement, le gouvernement fédéral a pris la responsabilité d'élaborer des normes nationales qui doivent être acceptées et respectées par tous les intervenants pour assurer l’imputabilité, la comparabilité et la protection des clients des services d’établissement. Les « meilleures pratiques en matière d’établissement »[6]publiées par le Conseil canadien pour les réfugiés identifient des valeurs de base : accès, inclusion, pleins pouvoirs au client, services définis par les utilisateurs, approche holistique, respect de la personne, diversité culturelle, développement communautaire, collaboration, imputabilité, orientation vers des changements positifs et fiabilité. Ces valeurs de base constituent le fondement du Cadre des normes nationales en matière de services d’établissement[7] qui, dans son préambule, fait valoir l’importance d’une responsabilité partagée entre tous les ordres de gouvernement en partenariat avec les organismes offrant des services aux immigrants pour la mise en œuvre réussie de normes d’établissement.

À titre de partie intégrante de son programme d’immigration, le Canada a toujours maintenu une politique de réétablissement des réfugiés. Le Canada a accueilli de nombreux réfugiés d’Irlande au milieu des années 1800, des Juifs de la Russie à la fin des années 1800, des gens de Hongrie au cours des années 1950, du Vietnam et de l’Ouganda dans les années 1970, puis du Kosovo vers la fin des années 1990. À plus petite échelle, des milliers de réfugiés continuent de se réétablir au Canada chaque année; certains sont parrainés par le gouvernement, d’autres par des groupes privés. En 1999, les cinq principaux pays d’où provenaient les réfugiés étaient la Bosnie-Herzégovine, le Sri Lanka, l’Afghanistan, l’Iran et la Somalie.[8]

La majorité des immigrants au Canada s’établissent dans les milieux urbains. Environ 70 pour cent des immigrants habitent dans les trois plus grandes villes du Canada : Toronto, Vancouver et Montréal. Selon les statistiques de 2001 pour le Canada, un large pourcentage d’immigrants récemment arrivés (à savoir, ceux qui sont au Canada depuis moins de 5 ans) s’établissent à Montréal (13 pour cent), à Vancouver (18 pour cent) et à Toronto (42 pour cent). Les immigrants représentent jusqu’à 10 pour cent de la population de ces villes. M.S. Mwarigha (2002) affirme qu’un défi actuel lié à la prestation de services d’établissement est de savoir comment combattre, de façon efficace, l’émergence croissante d’une classe marginale d’immigrants qui se concentre principalement dans des quartiers urbains pauvres.[9]

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[4] Citoyenneté et Immigration Canada, 1998. Retour

[5] Citoyenneté et Immigration Canada, 1999. Retour

[6] Conseil canadien pour les réfugiés, 1998. Retour

[7] Conseil canadien pour les réfugiés, 2000. Retour

[8] Citoyenneté et Immigration Canada, 2000. Retour

[9] Immigrant Settlement and Social Inclusion in Canada, Ratna Omidvar et Ted Richmond, 2003. Retour