Maximiser l’établissement
Section 2
Document de travail :
renseignements préalables à l’arrivée
Le Canada est fier d’être un pays de multiculturalisme et
de diversité, une diversité qui résulte de l’intégration
réussie d’immigrants de tous les horizons, venus au Canada
pour établir leur foyer et édifier un avenir meilleur, pour
eux comme pour leurs enfants. Mais ces personnes ne sont que rarement
conscientes des sacrifices qu’elles devront faire pour survivre
sur cette terre d’avenir.
La majorité des gens qui peuvent supporter les coûts de
l’immigration et qui ont les qualifications requises sont des professionnels
instruits et bien établis, qui croient pouvoir améliorer
leur niveau de vie au Canada. La plupart des étrangers pensent
qu’un emploi dans leur domaine de compétence les attend forcément
au Canada. Pourquoi venir au Canada, après tout? Dès leur
arrivée, pourtant, nombre d’entre eux constatent que la réalité
est tout autre et que les seules possibilités qui s’offrent
à eux sont celles du travail manuel.
Vijay Kapor, un ingénieur hautement qualifié, a présenté
une demande d’immigration après avoir lu dans les journaux
les publicités du gouvernement du Canada sur la recherche de personnes
très instruites. Au terme d’un long processus, il est apparu
que Vijay satisfaisait aux exigences relatives à l’âge,
aux ressources financières et, surtout, à l’éducation.
Il a supposé que si le Canada était en quête de diplômés
d'études supérieures, c’est parce qu’il y a
des postes à combler dans ces secteurs. Autrement, pourquoi imposer
ce critère aux seules fins d’immigration?
Comme la plupart des gens, donc, Vijay est arrivé au Canada chargé
d’attentes, de visions et de rêves d’une nouvelle vie.
Plein d’espoir, il croyait pouvoir s’installer avec sa famille
au Canada et gagner plus d’argent. Mais à son arrivée
au pays, il a déchanté. Après des mois de recherche
d’un emploi dans son domaine, Vijay a découvert qu’on
ne le prenait pas au sérieux parce qu’il n’avait pas
obtenu ses diplômes et son expérience au Canada. Mais comment
obtenir de l’expérience si personne ne veut m’engager,
se préoccupait-il. La seule solution possible était de travailler
durement dans une usine ou à l’entretien ménager.
Vijay se demande où est la dignité d’un ingénieur
obligé de nettoyer des toilettes pour vivre. « J’ai
l’impression d’avoir raté ma vie; je n’ai pas
d’autre choix que d’être concierge pour subsister »,
se dit-il. « Si j’étais resté en Inde, au moins
j’aurais une belle carrière et j’aurais toujours ma
dignité. »
Les immigrants qui cherchent à tirer parti du système d’emploi
canadien sont invariablement confrontés à des obstacles,
notamment le fait que les diplômes ou l’expérience
acquis à l’étranger ne sont pas reconnus, ainsi que
la méconnaissance de la langue anglaise. En modifiant sa politique
d’immigration pour favoriser les travailleurs très instruits
et hautement qualifiés, le gouvernement du Canada n’a pas
tenu compte des pratiques du secteur de l’industrie, du commerce
et des services en matière d’embauche. Résultat :
bon nombre d’immigrants diplômés ne peuvent trouver
d’emploi rémunérateur dans leur profession. Beaucoup
sont déçus, voire déprimés, et leur rêve
d’une carrière prospère au Canada est brisé.
David L. E. Watt, chercheur principal et professeur agrégé
à l’Université de Calgary, a fait une étude
auprès des élèves des Cours de langue pour les immigrants
au Canada (CLIC) donnés dans différents établissements
de Calgary. L’étude, intitulée Benchmarking Adult
Rates of Second Language Acquisition and Integration: How long and how
fast? [1], révèle
que plus des deux tiers des participants aux CLIC ont déjà
occupé un emploi de catégorie professionnelle, les ingénieurs
représentant la plus forte proportion, avec 22 p. 100. Or, parmi
la population immigrante active, 75 p. 100 des travailleurs font du nettoyage
et de l’entretien. Deux tiers des immigrants établis au pays
ont fait de longues études avant leur arrivée. De ce nombre
pourtant, trois quarts ont abouti dans des métiers inférieurs.
L’étude confirme que le Canada recrute des professionnels
hautement qualifiés, faisant naître en eux le sentiment fallacieux
que le gouvernement attache de l’importance à leurs qualifications
alors qu’en réalité aucun programme n’a été
prévu pour les aider à obtenir la reconnaissance de leurs
titres de compétences étrangers ou à s’intégrer
et à trouver un emploi au Canada. Le Canada prive d’autres
pays de ces immigrants ayant un haut niveau d’instruction et laissent
ces derniers dans un état de grande tension mentale et émotionnelle.
Nous recommandons fortement que l’accréditation professionnelle
soit rationalisée et simplifiée. En plus de priver d’autres
pays de professionnels instruits, nous ne mettons pas ces qualifications
à profit. La vérité, bien triste à dire, est
que le Canada dispose du personnel de nettoyage et d’entretien le
plus instruit du monde. Faut-il vraiment réunir les professionnels
les plus instruits au monde pour réserver à un seul pays
des concierges très éduqués?
Tout en reconnaissant que « que la responsabilité première
de l’orientation préalable à l’arrivée
incombe à l’immigrant lui-même, selon le Rapport des
conclusions préliminaires découlant de la consultation des
collectivités, il lui faut pour le moins trouver en temps opportun
une information pertinente, dans sa langue maternelle, sur ce qu’est
la vie au Canada. [Traduction] » Il faut dire la vérité
aux immigrants avant même qu’ils choisissent de venir au Canada.
Il faut entre autres les renseigner sur les étapes qu’ils
ont à franchir pour exercer leur profession ici, que ce soit par
l’intermédiaire des ambassades, d’Internet, des médias
ou d’autres moyens. Les immigrants doivent savoir comment se fait
l’évaluation des titres de compétences et comment
établir l’équivalence dans le système canadien.
Ils doivent aussi savoir quelle accréditation professionnelle donne
le droit d’exercer, au Canada, une profession réglementée
comme les soins infirmiers ou l’ingénierie. Ce processus
d’intégration devrait commencer avant qu’ils viennent
s’établir. S’ils connaissaient toutes les exigences
à satisfaire pour exercer leur profession, ils pourraient amorcer
l’évaluation de leurs titres de compétences et leur
formation dans une langue seconde. Le processus pourrait se poursuivre
après leur arrivée au Canada. Ainsi, ils veilleraient à
se soumettre à certaines exigences professionnelles une fois arrivés.
On constate par ailleurs un manque de synchronisation le gouvernement
et les employeurs du secteur privé. Pourtant, tous deux doivent
collaborer pour aider les immigrants à s’intégrer
plus rapidement à la main-d’œuvre active. Du reste,
cette coopération existe déjà, on n’a qu’à
penser au programme des candidats des provinces. Neuf provinces ou territoires
ont adhéré au projet, qui leur permet de choisir les immigrants
en fonction de leurs besoins et de leurs intérêts. La communauté
s’engage à aider les immigrants en cours d’établissement,
parfois en leur offrant un emploi dès leur arrivée. Les
personnes qui réussissent à s’assurer ce type d’aide
communiquent avec le gouvernement provincial, qui évalue la demande
et soumet les noms à Citoyenneté et Immigration Canada.
Il paraît en outre y avoir deux poids deux mesures en ce qui concerne
la reconnaissance des qualifications : tout dépend du pays. Ainsi,
la Colombie-Britannique a recruté en Afrique du Sud des médecins
qu’elle souhaitait voir s’installer en région rurale.
Non seulement le gouvernement de la province a-t-il accepté les
qualifications de ces personnes, mais encore leur a-t-il accordé
une aide financière pour les aider à se réinstaller.
Par contre, le gouvernement canadien ne veut pas reconnaître les
facultés de médecine d’Inde et du Pakistan, pourtant
créées par le gouvernement britannique il y a plus d’un
siècle et assujetties aux mêmes normes d’enseignement
que tout institut médical de Grande-Bretagne. Actuellement, les
médecins formés au King Edward Medical College de Lahore,
au Pakistan, pratiquent la médecine en Angleterre, où leurs
qualifications sont acceptées sans réserve. Il est décevant
que le Canada ne reconnaisse pas les qualifications des personnes de ces
pays et d’ailleurs.
Le gouvernement doit élaborer avec les employeurs et les organismes
de réglementation et d’autorisation des normes uniformes
d’évaluation des qualifications obtenues à l’étranger.
Ce processus pourrait aussi commencer à l’étranger,
avec une source d’information unique. Il faudrait aussi établir
des normes basées sur l’expérience de travail.
Le Programme de reconnaissance des compétences du ministère
du Travail et de l’Immigration du Manitoba [2]
est un excellent exemple de coopération entre gouvernement et employeurs.
Il aide les immigrants à acquérir de l’expérience
dans leur domaine en finançant une partie des salaires et en offrant
des services de conseils et d’aiguillage. La province paie 40 p.
100 du salaire brut par employé pendant six mois, à condition
que le poste demeure après cette période.
Le Canada peut attirer et retenir des immigrants qualifiés si
l’intégration à la main-d’œuvre active
est rapide et efficace. Noue devons reconnaître les titres de compétences
des immigrants, tout en établissant une correspondance avec les
titres de leurs homologues canadiens. Prenons l’exemple du projet
pilote d’accréditation des ingénieurs formés
à l’étranger (Foreign Trained Engineer Pilot Project)
en vigueur en Colombie-Britannique, qui permet aux ingénieurs immigrants
de passer les examens menant à l’obtention du permis d’exercer
peu après leur arrivée. Il aide aussi ces ingénieurs
formés à l’étranger à acquérir
l’expérience nécessaire pour obtenir le permis. L’expérience
aide les immigrants à comprendre le milieu de travail et les attentes
des employeurs. Le fait de les encourager à faire des stages leur
permet d’acquérir une expérience et une confiance
qui facilitent leur intégration au marché du travail canadien.
Recommandations
- Présenter des publicités véridiques à
l’intention des étrangers qui demandent à immigrer
au Canada.
- Reconnaître les titres de compétences étrangers.
- Élaborer des normes qui soient les mêmes pour tous les
pays sources.
- Aider les immigrants potentiels à se renseigner sur les permis
obligatoires et les exigences connexes avant leur arrivée au
Canada.
- Établir un parallèle entre le gouvernement et les employeurs
privés de sorte que tous puissent collaborer à faciliter
l’intégration des immigrants à la main-d’œuvre
active.
- Favoriser la collaboration entre tous les intervenants (gouvernement,
employeurs, organismes d’aide aux immigrants, organismes de réglementation
et d’accréditation) en vue de modifier le système
et de faciliter l’intégration des immigrants au Canada.
Le rapport du Groupe de travail sur la maximisation du travail actuel
dans le secteur de l’établissement, intitulé Conclusions
préliminaires découlant de la consultation des collectivités,
et le rapport présenté en juin 2003 par le Comité
permanent de la citoyenneté et de l’immigration, qui s’intitule
Établissement et intégration : un sentiment d’appartenance,
débouchent sur des conclusions semblables. Tous deux soulignent
la nécessité d’une orientation plus globale avant
l’arrivée et recommandent l’expansion du programme
Orientation canadienne à l’étranger comme solution
potentielle. Même convergence également avec le présent
rapport pour ce qui est de l’élaboration de normes uniformes
à l’échelle du pays sur la reconnaissance des titres
de compétences étrangers.
Une solution simple et efficace consisterait à distribuer des
brochures énumérant les sites Web des organismes de réglementation
professionnelle, des agences d’aide aux immigrants et des établissements
d’enseignement du Canada. L’immigrant potentiel pourrait se
renseigner sur les exigences d’une profession donnée au sujet
des permis d’exercer. Puisque le traitement d’une demande
de visa peut prendre de un à trois ans, le candidat pourrait explorer
la probabilité que ses qualifications soient acceptées et
se préparer à satisfaire toute exigence de l’organisme
de réglementation en matière de formation. Notre gouvernement
aiderait ainsi les immigrants potentiels à se faire une idée
éclairée de leur profession, ce qui leur éviterait
de mauvaises surprises en arrivant au Canada.
Recherche effectuée par M. Salim Sindhu, Calgary Immigrant
Educational Society.
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[1] Dr David L.E. Watt : dwatt@ucalgary.ca.
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[2] Pour de plus amples renseignements sur
le Programme de reconnaissance des compétences, prière de
consulter : http://www2.immigratemanitoba.com/browse/work_in_manitoba/profession/work-professionals-crp.fr.html.
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