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L'initiative sur le secteur bénévole : Projet d'établissement

Initiatives nationales



Maximiser l’établissement

Section 1:

Document de discussion :
consultation des collectivités

Ce rapport renferme les conclusions préliminaires d’une série de consultations menées auprès de groupes de discussion composés de 163 représentants d’une dizaine de collectivités d’immigrants et de réfugiés de Vancouver (Iraniens, Colombiens, Mexicains, Vénézuéliens), Edmonton (Albanais, Kosovars, Sierra-Léoniens, et Kurdes), Regina (Afghans, Iraquiens et Soudanais) et Toronto (Colombiens). Les consultations ont été menées au printemps 2003 par les membres du groupe de travail , en vue de la préparation d’un atelier pour la deuxième Conférence nationale sur l’établissement. En invitant les immigrants et les réfugiés à participer à un dialogue sur l’établissement, le groupe de travail espérait tracer un portrait fidèle et détaillé de leur expérience de l’établissement. En enrichissant le discours public sur l’établissement avec les points de vue de ces immigrants et réfugiés, le groupe de travail espère contribuer à l’intégrité et à la durabilité des pratiques d’établissement.

Les consultations, animées par des professionnels, se sont déroulées dans la langue privilégiée par les participants et ont été enregistrées sur bande magnétique et résumées ultérieurement dans des rapports rédigés en anglais. Conformément aux principes normalisés de la recherche éthique, tous les participants ont été mis au courant, dans leur langue maternelle, de l’objectif des consultations, du caractère confidentiel de la démarche et de leur droit de se retirer à tout moment. Chacun des participants a consenti à participer aux consultations en toute connaissance de cause.

Un certain nombre de sujets de préoccupation ont régulièrement émergé des consultations, notamment l’orientation avant l’arrivée, le soutien après l’arrivée et l’employabilité. Aux fins de ce rapport préliminaire, le témoignage des participants relatif à ces difficultés est analysé en fonction du thème de la conférence, soit bâtir une communauté au moyen de l’innovation, de l’inclusion et des partenariats. Un examen plus détaillé des conclusions servira d’assise à l’atelier sur la maximisation du travail dans le secteur de l’établissement lors de la conférence.

Les recommandations du Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration (2003) confirmées par les résultats de la recherche sont placées en annexe de ce document.

Orientation avant l’arrivée

« Quand la réalité vous rattrape, il est déjà trop tard. Vous vous en voulez de ne pas avoir fait les recherches nécessaires avant de venir au Canada. » (Un Colombien, Toronto)

La plupart des personnes ayant participé à la consultation des collectivités étaient d’avis que l’immigrant lui-même est le premier responsable de son orientation avant son arrivée, et c’est avec enthousiasme qu’ils ont accepté cette charge. Toutefois, ils ont beaucoup insisté sur la nécessité de recevoir des renseignements pertinents sur la vie au Canada dans leur langue maternelle, et ce, en temps opportun. Lors de la consultation menée auprès des Iraquiens, tous les participants se sont entendus pour dire qu’à leur arrivée, « bien des aspects de la vie au Canada les avaient étonnés, que personne ne leur en avait glissé mot avant leur départ, et qu’ils avaient reçu « des réponses erronées » à leurs questions. À leur avis, l’insuffisance de documents en arabe était la principale cause du problème. Un participant kosovar a ajouté : « Nous ne savions pas pendant combien de temps nous pourrions étudier ni comment recevoir une aide financière pour nos études. Nous n’avons pas été informés à temps des délais concernant la réunion des familles, et lorsque nous en avons enfin pris connaissance, il était trop tard. » Un Iranien a poursuivi : « Je croyais qu’après mon arrivée au Canada, tout irait bien pour moi, que je pourrais trouver un boulot et suivre des cours d’anglais. En réalité, je n’ai reçu qu’un mois de formation en anglais et cela m’a sidéré. Je croyais que le gouvernement nous aiderait beaucoup plus. Aujourd’hui, je ne reçois que 500 $ du gouvernement. Ce n’est pas suffisant, et je ne peux pas terminer mes études. » Aucun des participants n’a exprimé de satisfaction quant à la qualité de l’orientation avant l’arrivée, personnelle ou autre. Au contraire, les récriminations pleuvaient.

Ces récriminations sont peut-être provoquées par le regret. Un certain nombre de participants ont exprimé des réserves quant au bien-fondé de leur décision de venir au Canada. Avec le recul, force est de constater qu’elles découlent sans doute de leur manque de préparation. Un participant iranien déclarait : « Si (vous) avez un bon boulot, un bon train de vie, et que tout va bien, ne venez pas au Canada parce qu’après votre arrivée, vous aurez tant de difficultés, tant de problèmes – vous ne pouvez pas vous imaginer! » Un animateur du groupe de Colombiens de Vancouver a relevé la réponse suivante à la question de savoir si certains immigrants se sentaient en quelque sorte « emprisonnés » au Canada : « Je crois que ces femmes veulent rentrer chez elles même si cela veut dire qu’elles devront recommencer à travailler dans leur pays, mais elles ne peuvent pas. Si elles quittent le Canada, elles devront le faire sans leurs enfants parce qu’ils sont nés ici. » Un participant iraquien a formulé la mise en garde suivante : « La diaspora, c’est pénible, et c’est la même chose ici. La vie ici, c’est la guerre. » De toute évidence, il n’était pas préparé, à l’instar des autres participants, à ce qui l’attendait ici. « Les gens viennent ici en croyant trouver un coin de paradis », faisait-il observer.

Les résultats préliminaires de cette consultation nous portent à croire qu’un soutien permettant aux demandeurs de se préparer convenablement à l’immigration serait utile et contribuerait à réduire les regrets. L’amélioration du programme d’Orientation canadienne à l’étranger par l’élargissement des services d’orientation serait une innovation intéressante qui pourrait éventuellement se traduire par l’élaboration de documents sous forme numérique ou imprimée remis dans la langue du demandeur, selon un modèle de recouvrement de coûts, lorsqu’il demanderait son visa. La participation de résidents permanents issus des pays d’émigration à l’élaboration des documents d’orientation pourrait également garantir la pertinence de ceux-ci. Enfin, une collaboration plus étroite entre les bailleurs de fonds et d’autres organismes du fédéral et des provinces faciliterait la tâche des demandeurs qui souhaitent entrer en contact directement avec les organismes d’établissement et les fournisseurs de services aux immigrants œuvrant dans les régions où ils prévoient s’établir.

Soutien après l’arrivée

« Je ne savais rien. La plupart du temps, j’étais perdu. Je ne savais pas où acheter les choses dont j’avais besoin, comment fonctionnait le transport en commun, où se trouvaient les rues et les adresses, mais je ne voulais pas m’attirer d’ennuis parce que je demandais le statut de réfugié. Trois mois après mon arrivée, j’en savais plus sur ce qu’il m’était utile de connaître, mais trois ans plus tard, bien des choses m’effraient toujours. » (Un Iranien)

La majorité des participants ont déclaré qu’ils avaient éprouvé une « solitude extrême » ou qu’ils s’étaient sentis « abandonnés » ou « invisibles » à divers moments de leur établissement. Comme le disait un participant de Toronto : « même les aspects les plus élémentaires de la vie d’une personne » peuvent devenir problématiques et très idiosyncrasiques. À titre d’exemple, un Colombien du groupe de Vancouver a émis la mise en garde suivante : « Au début, il faut faire très attention aux personnes que l’on fréquente. À l’occasion, (des gens originaires du même pays) essaient d’abuser de leurs compatriotes nouvellement arrivés. » C’est l’unique observation du genre que nous avons relevée lors des consultations. De plus, des caractéristiques individuelles d’ordre psychologique et socioculturel ont un effet indéniable sur l’établissement. Un animateur d’Edmonton a rapporté que : « Les participants souhaitent tirer certaines impressions au clair. Ils n’étaient que trop conscients de la perception populaire à l’effet qu’ils n’étaient pas en droit de se plaindre de leur sort, mais cette prise de conscience n’atténuait pas la colère et la honte qu’éprouvaient certains d’entre eux relativement à leur situation et à la place que leur réservait la société – surtout par rapport au statut dont ils jouissaient dans leur pays d’origine. »

La prestation des services de soutien personnalisés dont les nouveaux arrivants ont besoin exige manifestement beaucoup de main-d’œuvre. Quoi qu’il en soit, des participants à chacune des consultations se sont montrés prêts à prendre l’initiative du dossier et ont proposé toute une gamme de services de soutien dont ils se chargeraient volontiers. Selon les termes mêmes du groupe de Kosovars : « Nous comprenons parfaitement les besoins et les sentiments des nouveaux arrivants, et nous pourrions leur faciliter considérablement la vie en leur donnant toutes les explications nécessaires à ce sujet.»

Certains participants ont répété à maintes reprises qu’ils désiraient devenir autonomes et contribuer activement à la société canadienne et ont ajouté qu’en travaillant en collaboration, ils pourraient s’aider mutuellement à composer avec les ajustements culturels auxquels ils sont confrontés. Ils ont principalement perçu le rôle du gouvernement en matière d’orientation après l’arrivée comme celui d’un organisme favorisant le développement des capacités communautaires. À leur avis, il conviendrait que le gouvernement contribue à régler le problème récurrent du manque de lieux de réunion. En effet, certains groupes se réunissent dans les locaux d’organismes de services aux immigrants tandis que d’autres se retrouvent sans grandes possibilités en raison du prix de location trop élevé des locaux ou des mêmes besoins qu’ont d’autres organismes en fait d’installations communautaires. Le groupe de Kosovars proposait que le gouvernement loue des locaux supplémentaires, comme ceux de centres commerciaux au taux d’inoccupation élevé, et qu’il y fournisse salles de réunion et services de bureau afin de favoriser le développement communautaire des petits groupes ethnoculturels. L’objectif principal des collectivités qui auraient accès à ces locaux serait l’autonomie et la contribution éventuelle aux coûts de fonctionnement des installations, une fois leur établissement plus avancé. Le groupe d’Afghans a remarqué qu’il serait fort utile d’aider la collectivité à mettre sur pied une association organisée. « Les femmes devraient avoir l’occasion de faire partie de la gestion de l’association afin qu’elles puissent sensibiliser la collectivité à leurs préoccupations », ont-elles dit.

Un certain nombre de participants ont déclaré avoir l’impression d’être « jugés par les Canadiens » et, qu’à l’occasion, les différences culturelles « creusaient un fossé entre les Canadiens et les nouveaux arrivants ». Une participante iraquienne a souligné qu’elle ne connaissait aucun Canadien « …et que, par conséquent, ce serait bien qu’il y ait une forme d’interaction entre elle et des familles de Canadiens ». Une autre a fait remarquer que les Canadiens amélioreraient beaucoup la situation en les accueillant tout simplement et en s’enquérant de leur bien-être. Bon nombre d’entre eux voient l’écart culturel comme l’occasion de bâtir des ponts entre les collectivités. Une participante soudanaise a expliqué qu’une amie canadienne pourrait l’aider à apprendre des choses importantes comme les pratiques d’éducation des enfants, fort différentes de celles de son pays d’origine. « Les Canadiens, a-t-elle dit, n’approuvent pas nécessairement les méthodes d’éducation soudanaises des enfants… En ayant des amis canadiens, nous pourrions régler bien des problèmes parce qu’ils pourraient nous enseigner les pratiques traditionnelles d’éducation des enfants, ici, au Canada. » Le rôle du gouvernement du Canada dans le cadre du Programme d’accueil est perçu par bien des participants comme un élément important de l’aide à l’adaptation des nouveaux arrivants à la vie canadienne.

L’orientation après l’arrivée est sans conteste une entreprise complexe et exigeante ayant une énorme incidence sur la vie des nouveaux arrivants. Les organismes d’établissement pourraient envisager d’élargir et d’assouplir leur gamme de services de soutien en intégrant les besoins en santé mentale des nouveaux arrivants, surtout pour ceux dont les circonstances d’immigration ont été traumatisantes. La mise sur pied de projets pilotes dans le cadre desquels immigrants et organismes d’établissement participeraient à la création d’organisations dirigées par des immigrants pourrait améliorer leurs chances d’intégration. À titre d’exemple, le groupe de Sierra-Léoniens a proposé un programme d’encadrement au sein de la collectivité ethnoculturelle. Il semble qu’il serait dans l’intérêt de tous de voir se concrétiser des initiatives comme celles proposées par le groupe d’Iraquiens qui suggère la création de partenariats entre eux et les fournisseurs de services afin qu’ils assurent une partie des services d’aide aux nouveaux arrivants comme l’inscription au régime d’assurance-maladie, la demande de la carte d’assurance sociale ou l’accès à l’ensemble des services publics.

L’employabilité

« Il nous faut du travail parce que nous envoyons de l’argent à nos familles chez nous. Ils vivent la guerre. Si nous gagnons 500 $, nous envoyons 200 $ à nos familles, payons nos impôts et vivons du reste. Nous devrions avoir accès à d’autres emplois que ceux d’entretien ménager… nous devrions recevoir des services d’orientation ou de la formation qui nous permettraient de décrocher des emplois assez payants pour que nous soyons autonomes. Le gouvernement devrait nous aider à trouver du travail plutôt que de nous verser des prestations d’assistance sociale. » (Un Soudanais)

Les questions de formation et d’emploi étaient au cœur des préoccupations de tous les participants. Comme l’a dit le participant soudanais, personne ne veut dépendre de l’assistance sociale. Le groupe de Sierra-Léoniens a parlé des attentes qu’ont les membres de leur famille restés dans leur pays d’origine de les voir gagner suffisamment d’argent non seulement pour subvenir à leurs propres besoins, mais aussi à ceux de leur famille. Cependant, tous ont insisté pour dire que leur revenu actuel suffisait à peine à satisfaire leur propres besoins physiques et matériels, encore moins ceux de leur famille dans leur pays d’origine. Cela est devenu une si grande source d’humiliation et de honte pour eux qu’ils en éprouvent de la difficulté à rentrer chez eux.

La majorité des participants ont reconnu qu’ils devraient peut-être se recycler, mais ils déplorent le peu de valeur accordée aux compétences qu’ils estiment déjà posséder. Un participant mexicain a fait remarquer que « la formation que vous avez reçue dans votre pays d’origine, si poussée soit-elle, n’a aucune importance – il faudra nécessairement en suivre une autre ici. Pourquoi faut-il la reprendre à zéro? On dirait que la formation que vous aviez chez vous, vous ne l’avez plus une fois arrivé ici. » Tous les participants ont déploré les difficultés relatives à la reconnaissance des titres et des compétences acquis à l’étranger. Chacun des groupes de participants aux consultations de Regina a expliqué que le processus de reconnaissance de leurs compétences et de leur formation antérieures était trop long et complexe. Le groupe de Toronto rapportait : « Pour qu’un professionnel ou une personne de métier formé à l’étranger obtienne un agrément et un permis d’exercice, il doit surmonter une série d’obstacles, tenter de se tirer d’affaires malgré les renseignements insuffisants ou difficilement accessibles, entreprendre des démarches contradictoires et complexes, et s’armer de patience puisque, selon sa profession ou son métier, l’ordre professionnel ou le syndicat responsable pourrait mettre des années entières avant de lui accorder le droit d’exercer à nouveau sa profession ou de faire un travail spécialisé. » Ce genre d’embûches crée un cercle vicieux puisqu’il faut de l’expérience acquise au Canada pour obtenir du travail, mais « le système » ne permet pas de l’obtenir.

Bon nombre de participants ont insisté sur le caractère fondamental de la formation linguistique dans l’employabilité. Un participant afghan a souligné que : « l’élargissement du programme de cours d’anglais tout comme le rétablissement de liens avec des cours de préparation à l’emploi sont essentiels à l’utilisation des compétences acquises dans le pays d’origine… Les programmes CLIC ne sont pas suffisants pour nous préparer convenablement au marché du travail. » Il est clair que les connaissances sociolinguistiques complexes employées par les francophones et les anglophones dans la rédaction de curriculums vitae, de demandes d’emploi ou de renseignements ainsi que lors d’entretiens avec des employeurs potentiels sont souvent hors de la portée des nouveaux arrivants. D’ailleurs, la recherche d’emploi est en soi un concept étranger à bien des ressortissants de pays d’émigration.

Les résultats préliminaires nous indiquent que ces problèmes doivent être corrigés rapidement. Une idée novatrice que le gouvernement pourrait envisager consisterait à financer des programmes de formation linguistique consacrés à préparer les nouveaux arrivants à l’emploi. Bien des participants se sont dits intéressés à aider de nouveaux arrivants à trouver de l’emploi. Ce serait là une activité favorisant le développement d’une communauté accueillante. Le groupe d’Edmonton a proposé un nouveau type de partenariat qui encouragerait la création de micro-entreprises communautaires, dirigées par des groupes d’immigrants sous la supervision d’organismes parrains. Il est certain qu’un partenariat entre le gouvernement et le secteur privé dans le but d’élaborer les principes directeurs de l’évaluation des compétences et de la délivrance de permis d’exercice corrigerait une importante source de frustration pour les immigrants.

Rapport préparé par Bill McMichael, coprésident du Groupe de travail sur la maximisation du travail actuel dans le secteur de l’établissement, avec la collaboration de Yohannes Yirsaw et Maria Jagiello de l’Edmonton Mennonite Centre for Newcomers, de Getachew Woldeysus de la Regina Open Door Society et de Martha Orellana de l’Ontario Council of Agencies Serving Immigrants.

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