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L'initiative sur le secteur bénévole : Projet d'établissement

Initiatives nationales



Conference nationale sur l'établissement 1 (Kingston - Juin 18-20, 2001)

L'Accord avec le secteur bénévole :
Le point de vue du secteur de l'établissement

Timothy Owen
Directeur, World Education Services
towen@wes.org

Je vous remercie de m'accorder l'occasion de vous exposer quelques-unes de mes idées sur le projet d'accord, et sur la façon dont il pourrait s'appliquer entre le gouvernement du Canada et le secteur de l'établissement.

Comme vous venez de l'apprendre, j'ai eu la chance de passer presque toutes mes années de travail (25 ans cet automne) dans le secteur bénévole, ou encore, comme nous l'appelons plus souvent, le secteur non gouvernemental ou sans but lucratif. J'ai accompli ce travail à la fois comme employé et comme membre du conseil d'administration de divers organismes bénévoles.

Mise à part la frustration que j'éprouvais à essayer d'expliquer à mes amis et à ma famille ce qu'est une ONG, ou ce que représentent les acronymes qui désignent mes activités professionnelles (ma mère s'est toujours plainte de ne pouvoir dire exactement à ses amis en quoi consiste mon travail), ce travail a été extraordinairement valorisant. J'ai constaté que, pratiquement sans exception, les gens avec lesquels je travaillais dans le secteur des ONG, et au sein du gouvernement, étaient des gens très engagés et dévoués, des gens qui croient dans ce qu'ils font, et dans les résultats positifs de leur travail pour la collectivité; des gens qui sont animés d'un réel désir d'aider les autres. C'est particulièrement vrai dans le secteur de l'établissement, où les clients que nous servons sont à la fois les clients du principal fournisseur de fonds, de CIC et de l'ONG. Notre souci commun de faciliter l'établissement des immigrants et des réfugiés a été plus souvent une source de rapprochement qu'une source de conflit. Cette conférence en est un bon exemple.

Si je regarde en arrière, et si je me tourne ensuite vers l'avenir, je réalise qu'un grand nombre des gens qui ont été les premiers à contribuer à l'élaboration et à la mise en œuvre des programmes d'établissement sont toujours là; mais ils commencent à se retirer des postes de haute responsabilité; certains prennent leur retraite; et un nouveau groupe (j'oserais même dire une nouvelle génération), tant au sein du gouvernement que dans le secteur bénévole, est en train de prendre la relève. C'est une bonne chose, bien sûr. Mais comme notre secteur est encore relativement nouveau, ses normes de pratique, sa philosophie, sa mission et ses valeurs, notre action et nos relations en sont encore au stade de l'évolution; rien n'a vraiment été institutionnalisé. L'initiative visant le secteur bénévole vient au bon moment pour nous donner l'occasion de nous définir, et de définir nos relations mutuelles, et cela dans le vaste contexte des relations entre l'ensemble du secteur bénévole et le gouvernement. C'est aussi pour nous l'occasion d'en apprendre beaucoup en nous inspirant de la riche histoire de ce secteur au Canada.

Tout d'abord, quelques questions :

J'ai souvent réfléchi à la façon dont nous pourrions définir et améliorer nos relations, et je suis conscient qu'il y a certaines questions fondamentales que nous devons aborder. Voici quelques exemples de ces questions :

  • les fonctions et les rôles respectifs du gouvernement et des ONG dans nos collectivités; 
  • nos missions; 
  • nos forces, nos limites et nos ressources respectives; 
  • nos responsabilités et la façon dont nous les assumons (bien sûr, nous sommes tous, en bout de ligne, responsables devant la population canadienne, qui représente à la fois nos clients et les contribuables qui financent nos services); 
  • ce qui a le mieux fonctionné jusqu'à présent dans notre relation, et ce que nous devons améliorer; 
  • quels sont les éléments clés de ce que nous appelons le "partenariat", et comment nous arrivons à concilier l'idée du partenariat avec ce qui est en fait une relation de dépendance?

Le projet d'Accord : que contient-il?

Lorsque j'ai lu le projet d'accord, j'ai été très heureux de voir que les questions dont je viens de parler y étaient très clairement abordées, et que l'Accord avait pour but de trouver une solution à ces questions.

Le projet d'Accord entre le gouvernement du Canada et le secteur bénévole (et je mentionnerai ici certaines sections qui, à mon avis, sont importantes) a pour but de décrire :

  • Ce qu'il y a de commun entre le secteur gouvernemental et le secteur bénévole, et ce qu'il y a de différent
  • Comment nous travaillons ensemble, ce que nous faisons ensemble
  • Les engagements que nous avons pris l'un envers l'autre et envers les Canadiens et les Canadiennes

De plus, il vise à :

  • Offrir " un cadre destiné à améliorer les rapports existants et à favoriser l'établissement de nouveaux rapports " et " qui encourage et facilite la collaboration ".

Et il est fondé sur des principes qui englobent :

  • La justice sociale, l'inclusion et le démocratie
  • La reconnaissance de l'indépendance et de l'interdépendance des organismes gouvernementaux et des ONG; et les responsabilités distinctes de chacun d'eux 
  • Le droit du secteur bénévole de contester les politiques gouvernementales, sans que le financement accordé soit mis en question
  • La nécessité d'entamer un dialogue ouvert et suivi, dans le respect, en reconnaissant que ce dialogue contribue à améliorer la politique publique
  • Le respect de l'apport de chacune des parties dans le contexte des relations établies et la reconnaissance des contraintes imposées à chacun
  • La nécessité d'une confiance mutuelle et de la transparence des activités
  • La reconnaissance que chacune des parties a besoin d'adopter et d'appliquer des normes de bonnes pratiques pour assurer la transparence la reddition de compte de façon ouverte, afin de maintenir la confiance du public

Ce sont là des principes magnifiques, et qui reflètent ce que nous attendons. S'ils se traduisent en engagements et en actions, ils peuvent renouveler véritablement nos rapports; mais c'est un programme ambitieux, et nous devrons tous travailler très fort pour le réaliser, surtout au niveau local.

Questions, répercussions et espoirs pour le secteur de l'établissement
Alors, qu'est-ce que tout cela représente pour le secteur de l'établissement? J'aimerais d'abord préciser un certain nombre de questions qui, à mon avis, se rattachent à la perception que nous avons de notre fonction et de notre fonctionnement.

Pour préciser les rôles distincts que nous jouons afin d'aider les immigrants, il faut nous fonder sur nos mandats, car c'est de son mandat que chacun d'entre nous doit rendre compte auprès des intervenants, et c'est notre mandat qui nous définit. Nous devons comprendre et respecter nos mandats respectifs, et définir clairement comment nous réaliserons notre propre mandat. Il faut préciser ce que nous entendons par " établissement " et comment nous mesurons le succès de l'établissement d'un immigrant? Malgré toutes les années écoulées, nous n'avons pas encore réussi à nous entendre parfaitement sur ces questions cruciales, et nous en sommes toujours à élaborer une terminologie commune. À cet égard, il serait peut-être bon de revoir l'expérience du processus de renouvellement de l'établissement, qui est une source de renseignements précieux sur le processus lui-même et sur les constatations concernant les éléments de l'établissement. 

Lorsque nous voulons définir les éléments de nos relations (ce que nous faisons ensemble, comment nous travaillons ensemble, parfois en partenariat, parfois non), nous nous heurtons à des difficultés découlant des conflits inhérents à la situation et du déséquilibre existant des pouvoirs, et pas seulement sur le plan du financement. 

CIC joue un double rôle : ce ministère a non seulement la responsabilité de l'installation initiale des nouveaux arrivants mais, puisqu'il gère la sélection et le statut des immigrants au Canada, il a également un mandat en matière d'exécution de la loi. Il a le pouvoir de décision ultime concernant les clients auxquels les organismes d'aide offrent des services, et que le personnel des organismes défendent. Cela créée évidemment des tensions, ce qui n'est pas nécessairement une mauvaise chose, mais nous oblige à trouver des solutions.

Le rôle de défense des clients dans le secteur de l'établissement peut représenter bien des choses, c'est pourquoi il doit être défini et précisé, et il doit être intégré dans le cadre de nos relations avec le gouvernement. La capacité de défendre les clients est essentielle dans le contexte de la mission de nombreux organismes. Mais si cela entre en conflit avec d'autres aspects des relations ou des contrats avec le gouvernement, alors il faudra peut-être admettre ce conflit, et créer un palier ou un forum distinct à cet égard dans le cadre de nos relations, afin que ce conflit n'affecte pas d'autres aspects de nos relations. Ce forum devra permettre aux petits organismes d'exprimer leur point de vue sans crainte, et de le faire connaître à ceux qui détiennent le pouvoir. Ce forum pourrait peut-être fonctionner dans le cadre de groupes nationaux ou régionaux tels que le CCR et l'OCASI.

Du fait que les immigrants et les réfugiés sont des clients à la fois de CIC et des organismes bénévoles, la question de la confidentialité des renseignements concernant le client est cruciale dans le contexte de notre relation. Il est essentiel de gérer cette question afin d'établir une approche commune sur le plan de la responsabilité des services, d'établir des normes de service et des codes d'éthique, et d'évaluer le succès des services. C'est peut-être la question la plus importante à aborder. 

Comme nous servons les mêmes clients ensemble, nous devons travailler en collaboration pour fixer les priorités des programmes et pour étudier et proposer les politiques qui concernent nos clients. Nous pouvons y arriver, même si nous reconnaissons qu'il existe un déséquilibre des pouvoirs entre nous et le gouvernement. Les gouvernements ont la responsabilité d'établir les politiques, et les ONG ont le droit de les contester. Nous contribuons au processus par nos connaissances et nos capacités complémentaires. Notre action conjointe sera facilitée par un dialogue ouvert et respectueux, qui est la marque de toute relation fructueuse 

Une grande part des relations entre le gouvernement et les ONG est définie dans les contrats de prestation de services, mais ceux-ci ne mettent pas toujours l'accent sur le partenariat. Il est important que nous fassions ressortir, dans ces contrats ou ententes, les valeurs, principes et engagements énoncés dans le projet d'accord. Les ententes de contribution, et les subventions pour des projets à court terme, mettent l'accent sur les produits et services à offrir, et sur les rapports exigés. Est-ce que ce genre de contrats correspond au genre de partenariat décrit dans l'accord, ou devrions-nous envisager quelque chose de différent? L'un des rapports supplémentaires du Rapport de 1999 de la Table conjointe sur l'Initiative nationale sur le bénévolat décrivait les limites des ententes de contribution, qui mettent surtout l'accent (avec les coûts qui en résultent pour le gouvernement et les organismes) sur l'administration, et l'instabilité inhérente des ressources financières dont dépendent les organismes. Dans le cadre d'un projet sur les autres modes de prestation de services, Canada West Foundation a publié dans un bulletin de recherches, en 1999, une étude portant sur ce lien de dépendance et ayant pour titre : Strings Attached: Non profits and Their Funding Relationships with Government. Cette étude donne un aperçu très utile de ces questions. Il existe un risque que ce modèle de financement mène à l'érosion du mandat des organismes, dans la mesure où les organisations se fondent sur les priorités du gouvernement dans leurs demandes de fonds. 

Questions relatives à l'avenir

Nous avons tous la conviction, je l'espère, que les objectifs de l'accord sont valables, et nous devons donc consacrer le temps et les ressources nécessaires pour le finaliser et le mettre en application.
Les grandes lignes de l'accord ont déjà été esquissées. Il faudrait poser encore quelques questions avant de poursuivre notre travail :

  • Comment les valeurs, les principes et les engagements de l'accord s'intégreront-ils dans les ententes et les contrats?
  • Comment ces valeurs, ces principes et ces engagements seront-ils communiqués, interprétés, et mis en application de façon uniforme à tous les niveaux de gouvernement et dans tous les organismes?
  • Quel genre de mécanismes devons-nous établir afin de suivre, revoir et réviser l'accord? Comment saurons-nous que l'accord a des résutats fructueux? Comment résoudrons-nous les conflits?
  • Lorsque nous aurons établi des définitions de l'établissement, des normes de service et des normes en matière de gestion et de responsabilité, comment et par qui ces critères seront-ils maintenus et revus? Faut-il " professionnaliser " le secteur afin qu'il puisse se réglementer lui-même? L'aide à l'établissement devrait-elle devenir une profession comme le travail social?
  • Comment prévoir un cadre pour un dialogue ouvert, dans lequel les participants et les organismes se sentiront libres d'exprimer leur point de vue?
  • Des échanges de personnel et des détachements permettraient-ils d'améliorer la communication, la compréhension, la confiance et le respect? Ou bien, faudrait-il prévoir des séances de formation conjointes? Il est impératif de pouvoir créer des occasions de travailler ensemble, en dehors des activités de gestion des contrats et des conflits qui y sont inhérents.
  • Comment peut-on concilier le rôle que jouent d'autres ministères fédéraux dans le secteur de l'établissement (DRHC, Patrimoine canadien, Santé, etc.), et leurs accords, avec le présent accord.

Toute relation suppose un niveau élevé de respect mutuel, de confiance et de communication. Le projet d'accord reconnaît ce fondement, qui est nécessaire au succès d'un accord dans le secteur de l'établissement. Au cours des 25 dernières années, les capacités et les connaissances des spécialistes et des décideurs ont considérablement évolué, de même que les nombreuses relations de travail entre eux. Si nous pouvons nous inspirer des meilleurs éléments et arriver à les intégrer dans un accord, nous réussirons à léguer un système solide à ceux qui nous succéderont.