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L'initiative sur le secteur bénévole : Projet d'établissement

Initiatives nationales



Conference nationale sur l'établissement 1 (Kingston - Juin 18-20, 2001)

Notes de discours

1re Conférence nationale sur l'établissement
Queen's University, Kingston (Ontario)
Le 19 juin 2001

Fil Fraser

Priorité au discours prononcé

Good evening, Bonsoir, Bone Natale, etc.

Merci. Je suis très heureux d'être ici ce soir. J'ai eu la bonne fortune de naître dans ce pays, enfant d'immigrants. Je suis ravi de fêter avec vous, la remarquable réussite de votre travail d'établissement au service de si nombreux Canadiens.

L'établissement. Il s'agit d'un vieux terme qui, à l'origine, faisait référence à l'établissement de nouvelles communautés au Canada. Bien souvent, ces communautés délogeaient les habitants qui se trouvaient déjà sur ces territoires, c'est-à-dire les Autochtones. Au début du Canada, le terme établissement signifiait que l'on s'appropriait cette terre d'abondance dont les journaux parlaient tant à l'étranger. Cela signifiait bâtir des communautés à partir de rien; exploiter des ressources encore inexploitées.

L'établissement, de toute évidence, évoque différentes choses pour différentes personnes. Au gré des générations, les immigrants ont puisé les richesses naturelles - la pêche et la fourrure d'abord, puis, plus tard, le bois et les minéraux - ils venaient travailler les concessions, une offre de rude labeur contre le défrichement des Prairies; ils répondirent nombreux à l'attrait du gain, à l'époque de la ruée vers l'or dans la vallée du Fraser et du Klondike; ils étaient au travail forcé sur le grand chemin de fer, sans aucun moyen de rentrer chez eux; chacun de ces groupes - ceux-là, et de nombreuses autres vagues de nouveaux Canadiens, apportèrent des rêves divers et eurent une expérience diverse de ces terres. Certains venaient pour l'aventure, et restèrent. D'autres, saisirent cette opportunité merveilleuse. D'autres encore, en ce temps déjà, venaient chercher refuge, pour échapper à la menace d'un génocide, d'une vie intolérable dans de lointaines contrées.

Le premier organisme officiel d'établissement a été créé après la Première Guerre mondiale, en 1922, par la Jewish Immigrant Aid Society. Il avait pour objectifs :

  • de faciliter l'entrée légale des immigrants juifs au Canada;
  • de leur fournir de l'hébergement temporaire, de la nourriture, des  vêtements et d'autres formes d'aide;
  • de les conseiller au sujet de leur destination;
  • de leur trouver des emplois afin d'éviter qu'ils deviennent un fardeau pour la société;
  • de les encourager à s'établir ailleurs que dans les villes congestionnées et de maintenir des bureaux de renseignements concernant les conditions d'établissement au Canada;
  • de promouvoir les idéaux britanniques auprès des nouveaux arrivants et de leur inculquer une connaissance de l'histoire et des institutions canadiennes.

C'était en 1922, mais si nous remplaçons le mot " britannique " par " canadien ", nous constatons que les motivations des travailleurs de l'établissement sont demeurées les mêmes.

Il ne faut pas oublier, toutefois, que ceux qui, les premiers, offrirent un abri, de la nourriture, des vêtements et un véritable accueil aux nouveaux venus, afin qu'ils puissent supporter les rigueurs de cette terre, furent ses premiers habitants - les Autochtones qui, désormais, revendiquent le titre de premières nations. Je ne m'étendrai pas sur le sujet - qui déboucherait sur une discussion longue et complexe, et ce n'est ici, ni le lieu, ni le moment. Mais nous qui, soit personnellement ou par nos parents et grands-parents, sommes venus dans ce pays dans l'espoir d'une vie meilleure, devons nous souvenir - pour toujours - de ceux, qui, de bien des façons, maintenant ont besoin du type de services que nous offrons aux nouveaux immigrants.

Mais aujourd'hui, nous fêtons. Nous fêtons le succès remarquable du mouvement d'établissement, qui, de génération en génération, a soutenu ceux qui apportaient au Canada le monde entier. Nous sommes le monde entier - et un exemple pour le monde entier. Un monde qui, si vous pouviez le regarder avec suffisamment de recul, est vraiment un pays, un pays incroyablement divers avec ses défis à la fois énormes et terrifiants, et son potentiel à la fois énorme et extraordinaire.

Bien qu'il nous reste tant à accomplir dans ce pays, à le modeler comme nous voulons qu'il soit, le monde a beaucoup à apprendre de nous. Nous savons ce que cela signifie pour celui qui laisse ce qui lui est familier, et pénètre dans une culture régie par différentes règles, différentes façons de percevoir les relations, et avec des valeurs qui, si elles sont parfois attirantes, peuvent également être étranges et peu faciles. Et pourtant, en dépit d'un passé qui n'a pas toujours été glorieux, notre Canada s'efforce de faire de la place aux cultures importées. Dévouement et dur labeur peuvent mener à la réussite dans tous les domaines, et pour chacun d'entre nous. Tout Canadien peut devenir Premier ministre.

Par contre, Vous vous retrouvez, assez souvent, en territoire inconnu, plein d'espoir, pour finalement réaliser que ce n'est pas ce que vous vous étiez imaginé. Vous êtes confronté à un choc culturel, à des obstacles sur le plan linguistique. Vous avez de la difficulté à vous trouver un logement, à aider vos enfants à s'intégrer dans un système d'éducation différent. Et vous avez de la difficulté à vous faire des amis.

Le Conseil canadien pour les réfugiés a demandé à treize Somaliennes comment s'était passée leur intégration. Je veux vous lire quelques-unes de leurs réponses.

"Si vous arrivez dans un pays où tout le monde n'a qu'un seul oil, vous devez en enlever un pour vous intégrer. Le processus d'intégration est à ce point difficile et douloureux."

"J'ai l'impression de monter à bord d'un autobus en mouvement. Je veux prendre l'autobus, mais je ne réussi pas à trouver un siège libre parce que l'autobus roule trop vite."

"Les gens pensent qu'ils nous connaissent parce qu'ils voient ce qu'il y a à l'extérieur - notre peau, nos voiles. Comment peuvent-ils nous connaître alors qu'ils n'ont aucune idée de ce qui se passe à l'intérieur de nous?"

"Un lion trempé ressemble à un renard. Je suis un renard au Canada."

En lisant ces réponses, et bien d'autres, on ne peut s'empêcher de ressentir un frisson.

Pour bon nombre des personnes qui viennent s'établir au Canada, la vie est une lutte constante parsemée d'obstacles sur le plan de la langue, de l'accès à l'emploi, de l'orientation culturelle, de la reconnaissance des compétences, du racisme et de la discrimination, de la réunion des familles, du statut d'immigrant et de la création de réseaux de soutien.

Alors que je regarde dans cette salle ce soir, je vois ces personnes qui incarnent la bienveillance. Ces personnes prennent le temps de connaître ces visages voilés. Ces personnes sont capables de voir le lion plutôt que le renard. Ces personnes peuvent offrir un appui vital, qu'il s'agisse d'un apprentissage linguistique, de chercher un logement, ou de les introduire à leur nouveau voisinage.

Il faut, bien entendu, que nous soyons plus nombreux. Nous ne le sommes pas. La capacité de cette terre à absorber un plus grand nombre de personnes du monde entier, à soulager la misère et la surpopulation de certaines régions de notre petite planète, n'a pas encore été mise à l'épreuve. Nous n'atteignons toujours pas les cibles modestes d'immigration fixées par notre gouvernement, ce qui nous place très en dessous du 1% de population par année que nous souhaitons. Il nous faut comprendre, et persuader tous les Canadiens, que nous avons besoin des immigrants, autant qu'ils ont besoin de nous. Nous pourrions nous rendre service mutuellement. Mais nous devons faire davantage, pour être davantage. C'est de 50 millions de Canadiens dont nous avons besoin.

Nous, les Canadiens, ne savons pas toujours remercier assez, mais ce soir, je souhaite que l'on reconnaisse le mérite des travailleurs de l'établissement. Le salaire seul ne saurait reconnaître le mérite de vos efforts. Je suis convaincu que, parfois, vous souhaiteriez ne pas avoir à emporter de travail chez vous. Comme travailleur de l'établissement, vous entendez parler trop souvent de torture, d'atteinte à la dignité humaine, de femmes maltraitées, d'espoir perdu. Mais vous voyez aussi la réussite de ceux qui apprennent une autre langue, qui trouvent un emploi, qui s'établissent dans leur collectivité. Ces réussites ne parviennent pas toujours à contrebalancer les cas difficiles. Et pourtant, vous persévérez - en pensant qu'un jour, " peut-être, si je peux aider une personne de plus... "

Et vous le faites, bien entendu, vous le faites. Car c'est le genre de personne que vous êtes.

Regardez autour de vous. Vous réaliserez que vous êtes chez vous ce soir, vous êtes avec d'autres travailleurs de l'établissement - des personnes qui partagent les mêmes valeurs que vous et qui ont les mêmes aspirations, des personnes qui se soucient des autres. Vous retournerez dans vos communautés respectives avec une foule d'adresses électroniques et de numéros de téléphone de personnes que vous pouvez appeler. Vous appellerez, et vous entendrez la voix d'une personne qui sait exactement ce que vous ressentez, une personne qui a peut-être la solution à un problème insurmontable. Voilà l'objectif de cette conférence.

Je suis ici ce soir pour vous remercier. De votre travail. De vos bonnes dispositions. De votre générosité. Je vous remercie d'être là, pour moi et les millions de Canadiens qui comptent sur vous quotidiennement. Et je vous remercie de voir le lion plutôt que le renard.